Cataclysme en Haïti
Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal
Samedi 23 janvier 2010
Lectures : Lamentations 3, 17-26 1 Corinthiens 12, 12-13.25-27 Marc 15, 34-39
Chers amis,
Ce qui est survenu en Haïti il y a plus d'une semaine nous bouleverse et nous déconcerte. Des questions naissent en nous. Pourquoi cela est-il arrivé? Pourquoi tant de souffrance? Pourquoi tant de blessures? Tant de vies brisées? Tant de morts? Pourquoi?
Quand on est croyant, c'est à Dieu qu'on peut poser ces questions. On peut le faire en silence. On peut aussi le faire en pleurant ou en criant. Dieu, est-ce toi qui nous as fait cela? Est-ce toi qui as laissé faire cela? Où étais-tu pendant que cela arrivait? Terribles questions auxquelles on ne trouve jamais de réponse pleinement satisfaisante, pleinement réconfortante. Je veux cependant en dire quelque chose, même si, comme vous, je me sens démuni devant tant de souffrance et tant de malheur.
Dieu ne veut pas la souffrance. Il ne veut pas le malheur. Il ne veut pas et ne planifie pas les catastrophes. Il ne voulait pas la mort de ceux et celles qui sont morts en Haïti depuis une semaine. C'est la première chose que je tiens à dire. Dieu veut la vie: la vie, si fragile, qui doit constamment se tracer un chemin et grandir à travers les difficultés de chaque jour et les soubresauts du monde.
Dieu ne se croise pas non plus les bras et, du haut des cieux, il n'assiste pas, comme un simple spectateur, aux guerres, aux séismes et aux désastres qui surviennent sur terre. Ce serait indécent de sa part. Ce serait indigne de lui. Je ne crois pas en un Dieu indifférent aux malheurs des hommes et des femmes que nous sommes. Alors, Dieu, où est-il, que fait-il pendant qu'ici-bas, on souffre, on pleure, on crie, on meurt?
Pour réfléchir à cette question, j'ai cru bon faire entendre ce soir quelques lignes de l'évangile de saint Marc. Jésus est sur la croix, lui le bien-aimé, lui le fils chéri de Dieu. Il vient de vivre des heures qui l'ont meurtri, ravagé. On l'a accusé à tort, on l'a frappé, on l'a mis en croix.
Il va bientôt mourir. Dieu aurait-il pu, aurait-il dû empêcher tout cela? Il ne l'a pas fait. Il a laissé son fils vivre ce qu'il avait à vivre, ce qui était dur à vivre et ce qui allait le conduire à la mort. À chacune des heures, à chacune des minutes crucifiantes de sa passion, Jésus aurait aimé ressentir la présence de son Père auprès de lui. Cela lui a été refusé.
D'où son cri, qui est pathétique et nous fait mal: Eloï, Eloï, lama sabactani? Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Je ne crois pas que Dieu ait abandonné son fils. Comment un père – un père qui est Dieu - pourrait-il abandonner son enfant? Invisible et silencieux, Dieu s'est tenu près de son fils crucifié.
Son silence n'a pas été le signe d'un abandon. Il a été le signe d'un amour qui ne dément jamais.
Ainsi a été Dieu à l'heure de la passion de Jésus. Ainsi est-il, chaque fois que quelqu'un souffre et meurt, chaque fois qu'un être humain crie vers lui et l'appelle. Ainsi a-t-il été en Haïti, dès le moment où, il y a quelques jours, la terre s'est mise à trembler. Près de la croix de Jésus, il y avait Marie, sa mère. Il y avait quelques autres femmes. Et il y avait l'apôtre Jean. Ils souffraient près du fils de Dieu qui agonisait.
Depuis qu'a été annoncé dans les médias ce qui est arrivé en Haïti, partout dans le monde on est consterné. Nous le sommes nous aussi, et particulièrement à Montréal où vous êtes nombreux à vivre avec nous. Les liens entre vous et nous sont si étroits qu'il m'a paru bon de faire entendre aujourd'hui ce texte où l'apôtre Paul affirme que ceux et celles qui ont été baptisés dans l'unique Esprit, forment un seul corps . Entre les membres de ce corps, l'union est si intime, dit l'apôtre, que si un membre est à l'honneur, tous partagent sa joie [et] si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance.
Chers amis Haïtiens, ce soir, en m'associant à tous les Montréalais et les Montréalaises, tous les Québécois et les Québécoises, tous les Canadiens et les Canadiennes, je vous exprime notre profonde compassion. De plus, au nom de tous les chrétiens et les chrétiennes, tous les croyants et les croyantes du Canada, du Québec et du diocèse de Montréal, je tiens à vous assurer que nous vous portons dans notre prière. Nous ne savons pas toujours comment Dieu répond aux prières que nous lui adressons, mais nous savons qu'il les entend toujours et y répond d'une manière qui, pour nous, peut demeurer mystérieuse. Dieu n'est-il pas déjà à l'œuvre à travers toutes ces personnes, ces institutions et ces gouvernements qui, présentement, luttent contre la mort, et pour la vie, en Haïti? Et n'est-ce pas lui qui inspire à tout homme et à toute femme de bonne volonté de se montrer généreux envers ces hommes, ces femmes et ces enfants d'Haïti qui ont été si tragiquement frappés?
Amis haïtiens, sœurs et frères haïtiens, nous ferons de notre mieux pour vous aider à reconstruire ce qui a été détruit dans votre pays où plusieurs des nôtres sont implantés et vivent depuis longtemps. Que Dieu nous aide à être généreux, non seulement aujourd'hui mais aussi dans les semaines, les mois et les années qui viennent. Que votre combat soit aussi notre combat. Que notre terre soit pour les vôtres une terre accueillante.
Que Dieu vous donne de demeurer forts et courageux. Qu'il vous manifeste son inlassable fidélité. Qu'il vous soutienne et vous console. Qu'il vous fasse don d'une foi vive: une foi dont le frère André peut être le modèle. Sans lui, l'Oratoire Saint-Joseph dans lequel nous prions, n'existerait pas. Et que Dieu vous garde dans l'espérance: dans cette espérance qui permet de traverser les jours sombres et les plus dures épreuves.
Trois jours après sa passion et sa mort, le Christ Jésus a été ramené à la vie. Qu'Haïti revive!
AMEN
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Source)